Lorsqu’Alice va boire le thé chez le Chapelier Fou, celui-ci tire une montre de sa poche et s’inquiète du retard qu’elle affiche. Un drôle de retard puisque, selon lui, elle a « Deux jours de faux ! ».
Le Lièvre de Mars a bien essayé de la réparer, avec « pourtant le meilleur beurre » qu’il a pu trouver… Le Chapelier remarque que des « miettes ont dû tomber dedans » et le Lièvre de Mars finit par plonger la montre dans sa tasse de thé.
Enfin le Chapelier Fou explique que le Temps est un être vivant, avec lequel il est fâché depuis quelques mois. Si bien que depuis, le Temps s’est figé sur six heures.
Chez Lewis Carroll, le temps cesse donc d’être une mesure objective pour devenir un personnage capricieux qui enferme ses prisonniers dans un rituel immuable. Le thé ne se termine jamais. L’instant, au lieu de s’écouler, se répète, encore et encore. Chapelier, Lièvre et Loir sont condamnés à tourner autour de la table, dans une ronde absurde et infinie.
Ce détail, d’apparence comique, ouvre une réflexion vertigineuse : que deviendrait le temps s’il cessait de s’écouler ? Serait-il un allié, un tyran, ou un compagnon silencieux ?

Ce questionnement nous rapproche de ce que propose le tarot : le temps n’y est pas linéaire, mais symbolique, cyclique et intérieur.
L’Ermite, arcane majeur IX
L’Ermite est incarné par Humpty Dumpty, un personnage qui reste sur son mur avec patience. Il donne l’impression d’être immobile mais il n’est pas inactif : il attend, il veille, il contemple, il réfléchit.
La lanterne posée à côté de lui éclaire peu, juste assez pour avancer d’un pas, comme un sablier qui ne laisse passer qu’un grain à la fois.

Le temps de l’Ermite n’est ni celui de la montre du Lapin Blanc, ni celui du chapelier Fou. Son temps à lui, c’est celui de la maturation lente, de la patience qui forge la clarté.
À travers L’Ermite, le tarot nous rappelle que certaines réponses ne se précipitent pas : elles se déposent parfois en nous, discrètes mais sûres.
La Roue de Fortune, arcane majeur X
Cette carte rappelle que le temps est un cycle, une alternance de hauts et de bas. Comme chez le Chapelier, elle tourne… ou s’arrête.

La Roue de Fortune illustre la nature mouvante, mais aussi capricieuse, des événements qui jalonnent notre vie.
La Tempérance, arcane majeur XIV
Cette carte est l’image du rythme intérieur qui ajuste, équilibre et harmonise. Ni trop tôt, ni trop tard : le temps de la Tempérance est celui de la juste mesure, là où les contraires se marient. Et c’est donc tout naturellement qu’on retrouve les jumeaux Blanc Bonnet et Bonnet Blanc sur cette carte. Identiques et pourtant distincts, ils se reflètent l’un dans l’autre comme leurs deux vases qui échangent l’eau sans jamais se vider. Leur dialogue perpétuel, à la fois querelle et complicité, incarne cette danse subtile où les opposés cessent de s’affronter pour trouver leur équilibre.

La Tempérance n’est pas une immobilité, mais une circulation. Avec les jumeaux Tweedle Dee et Tweedle Dum, elle devient l’image du temps accordé, du moment exact où les extrêmes s’unissent pour composer une mélodie intérieure.
Le temps subjectif dans la lecture des cartes
Quand on tire les cartes, le temps n’est jamais un calendrier précis. Il est subjectif, lié à l’expérience du consultant.
Une même carte peut signifier un événement imminent ou un processus long, selon le contexte. Le tarot parle en qualité de temps (une étape de maturation, un moment charnière, une période d’équilibre) plus qu’en dates exactes. Le lecteur devient un peu comme Alice : invité à habiter un temps étrange, parfois figé, parfois accéléré, parfois cyclique.
Quand le thé dure toujours
La montre arrêtée du Chapelier fou nous met face à une évidence : le temps n’est pas toujours celui que nous croyons. Parfois, il se fige, nous enferme dans une répétition. D’autres fois, il s’ouvre, comme dans le tarot, sur des rythmes intérieurs qu’il faut apprendre à écouter.
Dans Alice comme dans le tarot, le temps n’est jamais une simple ligne. Il est une énigme, une danse, une invitation à lire autrement le rythme de nos vies.
Les citations sont tirées d’un album d’Alice au Pays des Merveilles, illustré par Anne Herbauts et traduit par Isabelle et Anne Herbauts, aux éditions Casterman. C’est un album que j’aime beaucoup parce que les soeurs ont su s’approprier l’oeuvre de Carroll pour nous en proposer une version qui réussit à suprendre alors qu’il existe déjà une telle quantité d’artistes qui s’y sont essayé.
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