Parmi les créatures vivant De l’autre côté du miroir, le Jabberwock est sans doute une des célèbres (dans le monde anglo-saxon tout du moins). Pourtant, paradoxe délicieux, Alice ne le rencontre jamais.
Pas de rugissement, pas de griffes, pas de poursuite haletante. Le Jabberwock n’existe que dans un poème, Jabberwocky, chef-d’œuvre du non-sens signé Lewis Carroll.
Ce poème est un texte rempli de mots inventés (un défi suprême pour les traducteurs), de sons étranges et d’images impossibles, qui parvient malgré tout à nous faire ressentir le danger que le Jabberwock représente. Franchement, on ressent très nettement qu’il vaut mieux ne pas croiser la bête au détour d’un bois…
D’ailleurs lorsqu’Alice découvre le texte, il est graphiquement, visuellement incompréhensible, jusqu’à ce qu’elle comprenne qu’il est présenté dans une écriture en reflet si bien qu’elle est obligée d’utiliser un miroir pour le déchiffrer.
Un cauchemar né du non-sens
Le Jabberwock est souvent présenté comme un cauchemar vivant. Un monstre menaçant, tapi dans l’ombre, que seul un héros armé de son épée vorpale peut affronter. Pourtant, chaque élément qui le compose est du pur charabia. Carroll s’amuse à bousculer le langage, tordre la grammaire. Il crée une créature dont la terreur repose entièrement sur le pouvoir de l’imagination.
Et c’est là que réside la force du poème. Même sans comprendre tous les mots, on sait que le danger rôde. On le ressent avant même de pouvoir le nommer.
Plus qu’un monstre, un symbole
Le Jabberwock n’est pas qu’une bête effrayante. Il incarne quelque chose de plus universel: la peur elle-même. Cette peur qui prend mille formes, souvent illogiques, souvent impossibles à expliquer. Le chevalier du poème n’affronte pas seulement un dragon. Il affronte l’inconnu, le chaos, tout ce qui échappe à la raison bien rangée.
L’histoire suit une structure très classique: un héros, une quête, un combat, un retour triomphant. Mais à l’intérieur de cette forme familière, Carroll glisse un monstre qui n’existe pas vraiment, un adversaire né de mots qui ne veulent rien dire et qui pourtant touchent juste.
Quand le sens dépasse les mots
Le poème Jabberwocky prouve quelque chose de fascinant. Le sens ne naît pas uniquement des mots que l’on comprend. Il naît aussi des images que l’on se construit, de la musique des phrases, de l’émotion qui se dégage du texte. Le langage peut être logique, mais il peut aussi être instinctif.
Et c’est précisément ce mélange qui rend le Jabberwock inoubliable. Il nous rappelle que nos peurs, même les plus irrationnelles, sont profondément réelles. Elles n’ont pas besoin de définition pour nous atteindre. On ne sais pas les expliquer parfois, mais elles n’en sont pas moins réelles.
Le Jabberwock et l’arcane de la Mort

Dans mon tarot inspiré des aventures d’Alice au Pays des Merveilles et de l’autre côté du miroir, le Jabberwock trouve naturellement sa place du côté de la carte de la Mort. Le monstre ne surgit pas pour détruire gratuitement, il oblige le héros à traverser une peur absolue, à affronter l’indicible. Il n’existe que pour amener le héros à changer.
La Mort, dans le tarot, est symoblique. Elle n’annonce pas la disparition ou la fin brutale, mais le passage, la mue, la nécessité de laisser derrière soi ce qui n’a plus lieu d’être. La carte annonce une épreuve de transformation.
De la même manière, le Jabberwock n’existe que pour être affronté et dépassé. Une fois vaincu, le monde peut continuer, autrement. Comme la carte de la Mort, il marque un avant et un après : ce qui semblait incompréhensible devient franchissable, et le chaos, un seuil vers autre chose.
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